POV de Cécilia
17h00. Parking souterrain.
Je venais d'atteindre ma voiture et j'ouvrais la portière quand mon regard dériva involontairement à travers le parking. Un SUV noir et élégant était déjà en marche. À travers la vitre, je pouvais voir Xavier à l'arrière. Une fille aux cheveux courts et au visage rond et juvénile, débordante de l'énergie éclatante de la jeunesse, était blottie contre lui—une attirance apparemment irrésistible pour mon compagnon Alpha.
"Alpha Xavier !" La voix paniquée de Beta Henry retentit tandis que des pneus crissaient. Il freina brusquement, mais c'était trop tard.
À travers l'épais vitrage, les yeux de Xavier croisèrent les miens. Son regard flambait de colère noire.
Le mien resta plat. Mort. Vide.
Dans ce silence, la fille me remarqua–mais au lieu de se retirer, elle intensifia son étreinte, passant ses bras autour de son cou, murmurant à son oreille.
Mes yeux brûlaient, comme si quelqu'un y avait lancé de l'acide. Le lien de compagnon partiel, même incomplet comme le nôtre, rendait la vision de sa trahison physiquement douloureuse. Je sais qu'elle me jure fidélité, ce qui est une provocation.
Je détournai le regard, m'engouffrai dans ma voiture et m'éloignai sans un regard en arrière. Tous mes instincts m'ordonnaient de les affronter, de la défier—mais je n'étais pas un loup. J'étais juste une humaine qui avait eu la naïveté de croire à l'éternité avec un Alpha.
En arrivant chez nous, dans notre spacieux penthouse, je n'eus pas à attendre longtemps pour entendre le son de la voiture de Xavier se garer en dessous. Ce bruit me tordit l'estomac de peur et de colère.
Je me tenais dans notre dressing, retirant le collier de diamants qu'il m'avait offert le mois dernier—un autre cadeau de culpabilité, compris-je à présent—lorsqu'une paroi de muscles se pressa contre mon dos. L'odeur familière et froide de cèdre qui autrefois m'apaisait me fit maintenant frissonner.
Xavier appuya ses mains sur le cabinet de verre de chaque côté de moi, se penchant pour observer mon visage de profil. "Tu es en colère ?" Sa voix avait ce ton autoritaire d'Alpha qui autrefois me faisait fondre.
Sans le regarder, je remis soigneusement le collier dans sa boîte avec une lenteur délibérée. Ma voix était glaciale lorsque je parlai enfin : "Assez en colère pour commettre un meurtre. Tu ferais mieux de surveiller tes arrières."
Xavier me fixa en silence un long moment, son loup évaluant clairement la menace dans mes paroles. Finalement, il reprit la parole, son ton soigneusement mesuré : "La famille White est intéressée par une collaboration avec nous sur le projet Nova Star. J'ai discuté avec Gavin, leur fils aîné. La fille que tu as vue est sa sœur."
"Quoi, tu dois distraire sa sœur pour décrocher ses affaires ?" Je me tournai pour lui faire face, mon regard perçant. "Voilà comment la Meute de Lune de Sang mène ses affaires désormais ?"
"Cécilia, j'essaie de t'expliquer. Arrête avec cette attitude !" Sa voix d'Alpha s'échappa, une tentative désespérée de reprendre le contrôle de la situation.
"Il n'y a rien à expliquer," je finis par lui lancer, les yeux froids et perçants, plongeant dans son âme. "Xavier, si tu en as assez de moi et que tu veux qu'elle devienne la Luna de cette meute, je suis prête à céder ma place."
Le visage de Xavier s'assombrit instantanément. "Qu'est-ce que tu viens de dire ?" Son côté lupin semblait sur le point de surgir, ses yeux scintillant d'or.
Je soupirai. "J'ai dit que nous pouvions divorcer."
Lorsque je tentai de m'éloigner, il me saisit et me tira brusquement en arrière. Xavier agrippa mon menton, ses doigts s'enfonçant dans ma peau tandis qu'il grognait une mise en garde. "Tu ferais mieux de ne même pas y penser."
Je gardai le silence. Non seulement j'y avais pensé, mais j'avais déjà amorcé le processus.
J'en avais fini avec lui.
Xavier resta à la maison tard ce soir-là, mais fut appelé à partir par un coup de téléphone. J'entendis clairement une voix féminine douce à l'autre bout, geignant comme si elle pleurait.
Le lendemain matin, mon amie avocate et confidente, Harper, m'envoya une capture d'écran : la dernière mise à jour sur les réseaux sociaux de sa petite amie. Cela montrait un lever de soleil depuis un sommet de montagne, avec deux mains formant une forme de cœur—l'une grande, l'autre petite. La légende disait : "Senti[r] le battement de cœur de l'autre dans l'étreinte douce du lever de soleil."
Je reconnus immédiatement la main de Xavier. Le lien entre nous était peut-être incomplet, mais je connaissais chaque centimètre de lui—chaque cicatrice, chaque cal.
Je restai là, tenant mon verre d'eau pendant un temps indéfini.
Pendant plusieurs jours après cela, Xavier ne rentra pas à la maison.
Nous ne nous voyions que lors des réunions de l'entreprise. Il était installé au siège central en tant qu'Alpha, tandis que je prenais place parmi les autres directeurs. Jamais, durant ces rencontres, nous n'avons échangé le moindre regard. Je n'avais jamais pris la peine de lui rendre visite dans son bureau.
Dans mon temps libre, je me suis concentrée sur la recherche d'un nouvel appartement, visitant des lieux et me débarrassant de tous les cadeaux qu'il m'avait offerts au fil des années—cadeaux d'anniversaire, présents de la Saint-Valentin, cadeaux de mariage... J'ai même vendu mon alliance. Une fois que vous ne voulez plus de la personne, à quoi bon garder les souvenirs encombrants de votre passé ?
...
Ce soir-là, Ana, la propriétaire du club Jade Palace, m'a invitée à sortir. Il était presque onze heures, et je n'avais pas vraiment envie de y aller, mais en réfléchissant que, après mon divorce et mon départ de l'entreprise de la Meute de Lune de Sang, j'aurais besoin de créer mon propre réseau pour lancer mon affaire, j'ai décidé d'accepter.
Dès mon arrivée au club, j'ai repéré Ana. "Ana, j'aurais pu trouver mon chemin toute seule. Tu n'avais pas besoin de descendre", ai-je dit avec un sourire qui ne touchait pas mes yeux.
Ana a passé son bras autour du mien avec affection en entrant dans l'ascenseur. "J'avais peur que tu te perdes, ma chérie. C'est la première fois que tu viens, non ?"
C'était vrai. C'était ma première visite ici.
Nous avons monté les escaliers, et Ana m'a conduite dans une grande salle privée divisée par un écran orné de style chinois au centre. En entrant, j'ai remarqué plusieurs personnes de l'autre côté de l'écran, mais Ana ne m'a pas menée vers elles. Elle m'a conduite plutôt du côté où se trouvait une seule personne—quelqu'un qui me semblait vaguement familier. Je l'ai reconnue comme la petite amie d'un des amis de Xavier.
Elle me reconnut aussi et son expression devint maladroite, bien qu'elle ait réussi à esquisser un léger sourire.
Après avoir ôté mon manteau et m'être installée, Ana est repartie.
J'ai pris une gorgée du verre placé devant moi, et peu à peu, les conversations animées de l'autre côté de l'écran ont atteint mes oreilles. Petit à petit, ils se sont mis à parler de moi.
"En parlant de ça, Xavier ne ramène plus cette humaine à la fête ces derniers temps", dit une voix avec dédain.
"C'est évident. Cici a des racines Alpha de sang pur—jeune, superbe, et authentique. Xavier l'exhibe à chaque événement comme un joyau précieux. Il ne prend même plus la peine de cacher sa femme humaine maintenant." Une autre voix résonne.
"Enfin, j'ai compris. Après huit ans, Xavier a finalement saisi l'importance de la lignée."
"Peu importe à quel point une humaine est belle, elle n'est qu'un jouet. Huit ans, tsk, il est si patient. Que peuvent avoir les femmes humaines ? Elles ne peuvent même pas marquer."
"Et elle est tellement stupide, elle a été dupée si longtemps et maintenue dans l'ignorance. Elle pense vraiment pouvoir être Luna ? Elle n'a servi à rien pendant toutes ces années à part pour son joli visage et sa belle silhouette."
Quelqu'un ria en disant : "Je veux dire que lorsque Xavier en aura complètement marre, je n'aurais aucun problème à prendre la relève pour la réconforter. Cela fait longtemps que je convoite cette taille fine."
"Attention, les femmes humaines ne peuvent pas supporter la puissance de nos loups-garous," ajouta une autre voix en plaisantant avec un ton malicieux.
Je me tenais à l'angle du mur, les yeux froids. Je connaissais très bien ces voix—ce sont tous des amis de Xavier, et ils m'appellent "Luna" de manière familière lorsqu'ils me voient. Maintenant qu'il a révélé son vrai visage, il me traite simplement comme une plaisanterie dans leur cercle.
La femme assise avec moi avait l'air tellement mal à l'aise qu'elle n'osait même pas croiser mon regard. Lorsqu'elle me vit me lever, elle pensa probablement que j'allais fuir humiliée.
Au lieu de cela, je raclai ma gorge, pris mon verre, et me dirigeai vers le paravent. Je m'appuyai dessus avec désinvolture et m'immisçai dans leur conversation d'un ton détendu.
"Messieurs, je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre—et je pense que vous avez un peu inversé l'histoire."
Leurs rires s'étranglèrent.
"Quand Xavier s'est d'abord mis avec moi", continuai-je, inclinant la tête avec une douce ironie, "il n'était qu'un innocent petit Alpha, tout maladroit avec ses promesses pleines de grands yeux. Si quelqu'un a exploité quelqu'un pendant ces huit dernières années… ne serait-ce pas moi ?"
Silence.
Un silence absolu, stupéfait.
Tous sur le canapé me regardaient avec horreur.
Et puis—
Deux silhouettes élancées sont entrées dans la pièce derrière moi.
Je ne me suis pas retourné. Je n'en avais pas besoin.
Leur présence parlait d'elle-même.
Et à en juger par les expressions sur les visages des autres, tout le monde dans la pièce avait compris le message, haut et fort.
Bon sang.