Chapter 6

1152 Words
  POV de Cécilia   Je me trouvais dans la salle de soins d'urgence, grimaçant légèrement pendant que le médecin nettoyait la coupure sur mon front. L'antiseptique brûlait, mais c'était peu de choses comparé aux blessures émotionnelles que je cultivais depuis le matin.   Soudain, la porte s'ouvrit avec fracas, faisant sursauter le médecin. Xavier fit irruption comme un alpha territorial défendant son domaine, ses yeux remplis d'un mélange de colère et d'inquiétude. Son odeur de détresse et de domination envahit la petite pièce instantanément.   Je jetai un regard par-dessus mon épaule et croisai son regard intense. "Ça va", rassurai-je le médecin, visiblement pris de court. "C'est mon... patron." Le mot "mari" avait failli m'échapper par habitude, mais je m'en abstins. Il n'était pas mon mari—il ne l'avait jamais vraiment été.   La pomme d'Adam de Xavier se soulevait visiblement alors qu'il avalait les mots qu'il s'apprêtait à rugir.   "C'est grave ?" demanda-t-il au médecin, sa voix rauque, chargée d'une émotion que je ne parvenais pas tout à fait à identifier.   "Juste une plaie superficielle", répondit le médecin avec professionnalisme. "Rien d'inquiétant."   Le professionnel de santé ne montra aucun intérêt pour notre relation compliquée, terminant le bandage sur ma tempe avant de prescrire un médicament topique.   Je remerciai le médecin et quittai la pièce, sentant la présence de Xavier derrière moi comme une ombre. Dans le couloir, il s'empressa de régler ma facture et de récupérer mes médicaments, jouant le rôle du mari dévoué sous les yeux des autres. L'ironie ne m'échappait pas.   Je ne pris même pas la peine de contester. À quoi bon ? Mon lien avec Xavier avait été rompu dès l'instant où j'avais vu ces messages sur son téléphone.   Dehors, je sortis mon téléphone pour appeler un taxi. Xavier l'attrapa d'un geste rapide. Son bras se glissa autour de mes épaules, me guidant—non, me forçant—vers le parking. Ce geste possessif aurait pu jadis me faire sentir protégée ; aujourd'hui, il ressemblait à des chaînes.   Il ouvrit la portière passager et me poussa pratiquement à l'intérieur avant de contourner le véhicule pour s'installer côté conducteur. La portière claqua avec une telle force que la voiture en trembla, nous emprisonnant dans une bulle de silence tendu.   "Tu as bloqué mon numéro", finit-il par dire, se tournant vers moi avec un regard orageux. "Tu comptais te tuer pour me punir ?"   Je le fixai, momentanément choquée au point d'en perdre la parole. Puis, contre toute attente, un rire jaillit de ma poitrine. C'était pleurer ou rire, et j'avais déjà versé assez de larmes.   L'absurdité de sa remarque—que je mettrais ma vie en péril simplement pour le culpabiliser—était un sommet de narcissisme. Huit ans ensemble, et comment n'avais-je jamais remarqué cet aspect de sa personnalité ?   "Rassure-toi," dis-je en tendant la main vers mon téléphone, "tu ne porteras pas ce poids sur ta conscience. Maintenant, rends-moi mon téléphone."   Xavier l'éloigna de ma portée. "J'admets que je t'ai menti aujourd'hui, mais tu l'ignores comme si elle était invisible, tu l'humilies. Tu as même manqué de respect à ma mère ! Ne penses-tu pas que c'est problématique ? C'est juste une jeune fille qui a été gâtée toute sa vie. Pourquoi te vexer ?"   Oh, Xavier. Si seulement tu pouvais te voir à travers mes yeux en ce moment.   Après un long silence, je pris la parole, ma voix résonnant comme un écho lointain. "Je ne l'importunerai plus. Je ne m'interposerai pas entre vous deux. Mais s'il te plaît, garde-la loin de moi. Je n'ai pas besoin de sa 'spontanéité' sous mon nez."   "Elle est comme une sœur pour moi. Cici et moi sommes comme frère et sœur," insista Xavier, les sourcils froncés. "Les loups sont loyaux envers leurs compagnons. Notre relation n'est pas ce que tu crois."   "Mmm, loyalité," répétai-je, luttant contre l'envie de sortir mon téléphone pour lui montrer les preuves que j'avais rassemblées—les appels tardifs, les textos intimes, les reçus d'hôtel.   "Très bien. J'ai réagi de manière excessive. J'ai mal compris. Félicitations pour ta nouvelle sœur."   Un silence glacial s'installa entre nous comme un mur invisible.   "Conduis simplement," dis-je en resserrant autour de moi la veste de costume empruntée. Le tissu portait ce parfum enivrant—santal avec des notes sauvages—qui, d'une manière ou d'une autre, me réconfortait.   Le regard de Xavier se posa sur la veste, la remarquant vraiment pour la première fois. Ses narines frémirent légèrement—un loup sentant l'odeur d'un autre mâle sur son territoire.   "À qui appartient cette veste ?" demanda-t-il, la jalousie obscurcissant ses traits.   Je me tournai vers la fenêtre, utilisant délibérément ses propres mots contre lui. "À mon frère. Mon frère fraîchement adopté."   Quelque chose de dangereux scintilla dans les yeux de Xavier. D'une vitesse éclair, il atteignit la veste et l'arracha de mes épaules, la jetant par la fenêtre.   "Non !" criai-je, détachant ma ceinture de sécurité et m'extirpant de la voiture. Cette veste était l'un des rares gestes de gentillesse que j'avais expérimenté aujourd'hui. J'avais promis de la rendre.   Xavier grogna sourdement et me ramena dans la voiture. Avant que je ne puisse protester, sa bouche écrasa la mienne, exigeant soumission.   Je gardai obstinément mes lèvres closes, refusant de céder, ce qui ne fit que l'irriter davantage. Il saisit ma mâchoire, forçant l'ouverture de ma bouche, son b****r ne s'apparentant en rien à une expression d'amour, mais plutôt à une punition.   Lorsqu'il se détacha enfin, son souffle chaud me fouetta le visage, ses yeux brillaient d'une fureur possessive. "Ne cherche pas à me rendre jaloux comme ça," avertit-il. "Tu devrais penser au bien-être des autres."   Je le regardai, incrédule. En toutes ces années passées ensemble, je n'avais jamais vraiment vu cet aspect de lui—ou, peut-être, avais-je choisi de l'ignorer.   La veste restait là, abandonnée sur l'asphalte mouillé.   J'avais promis de la rendre propre, pensai-je désespérément. Que suis-je censée faire maintenant ?   Les événements du week-end avaient pesé lourdement sur mon corps. Dès la soirée, une fièvre me consumait, mon système immunitaire humain affaibli par le stress et la pluie.   Xavier était resté à la maison, jouant le rôle du partenaire attentionné—préparant de la bouillie, me donnant des médicaments, prenant soin de moi avec une telle tendresse que, dans de brefs moments de délire, j'en venais presque à croire qu'il m'aimait encore. Presque.   À minuit, la fièvre ne s'était toujours pas dissipée. Je naviguais entre conscience et inconscience, consciente de la présence de Xavier à mes côtés dans notre lit—lit qui ne semblait plus être un sanctuaire.   Un bourdonnement rompit le silence.   Je forçai mes paupières lourdes à s'ouvrir et m'appuyai sur des bras tremblants. Xavier et moi nous tournâmes vers son téléphone, posé sur la table de nuit. L'heure indiquait 0h35.   Le nom qui s'affichait à l'écran : "Bébé Sucré".   Un surnom si intime. Mon estomac se tordit de nausée, sans lien avec ma fièvre.
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